Au cours du mois de mai 2026, à Dhagpo Kagyu Ling, Dhongtsang Shabdrung Rinpoché a donné un enseignement de quatre jours sur le traité intitulé Révéler l’essence de Tathagata. Basé à Siliguri (Bengale occidental, Inde), Dhongtsang Shabdrung Rinpoché fait partie des éminents enseignants qui transmettent le Dharma à Dhagpo depuis de nombreuses années. Dans la continuité de notre cinquantième anniversaire, nous avons passé du temps avec lui pendant son séjour afin d’en savoir plus sur sa vie et son activité.
Je garde toujours à l’esprit que j’enseigne
pour ceux qui m’écoutent.
Qu’est-ce qui vous a amené à Dhagpo Kagyu Ling pour la première fois ?
C’était en 2007. J’étais en route pour mon monastère à Yushu, au Tibet. Je séjournais dans un centre karma kagyu à Hong Kong pour faire une demande de visa lorsque j’ai reçu un appel téléphonique de Shamar Rinpoché me demandant ce que je faisais. Il m’a dit que c’était une bonne chose que j’aille à mon monastère et que je devrais revenir bientôt. Je lui ai demandé s’il y avait quelque chose en particulier que je devais faire. Il m’a répondu que je devais me rendre en Europe. Bien sûr, j’ai accepté.
Je suis allé au Tibet et, à mon retour, Shamar Rinpoché m’a dit que je devais le remplacer pour son programme, car il ne pouvait pas venir. C’était ma première fois en Europe. C’est ainsi que je suis arrivé d’abord à Renchen Ulm, puis à Dhagpo.
Quel est votre lien avec le XVIe Karmapa, Kunzik Shamarpa et Jigmé Rinpoché ?
En ce qui concerne le XVIe Karmapa, cela est davantage lié à ma vie antérieure.
J’ai rencontré Jigmé Rinpoché pour la première fois à Kalimpong, alors que je séjournais chez Shamar Rinpoché, vers 2005. Puis je l’ai revu à Dhagpo lorsque Shamar Rinpoché m’y a envoyé pour la première fois.
J’ai rencontré Shamar Rinpoché quand j’étais très jeune, alors que je vivais au monastère de Ngor à Dehradun, où j’apprenais principalement les aspects rituels. Mes maîtres avaient l’habitude de m’emmener voir Shamar Rinpoché car, dans ma vie antérieure, je faisais partie de la famille Athup – celle de de Jigmé Rinpoché et Shamar Rinpoché. Ils pensaient que c’était là que j’avais ma place. Shamar Rinpoché m’a guidé et soutenu. Lorsqu’on est reconnu comme un jeune tulku, il doit y avoir une cérémonie d’intronisation qui implique généralement d’inviter des rinpochés et de faire des offrandes à tous les moines, etc. Cette cérémonie s’est déroulée lors d’une grande initiation donnée par Sakya Trichen. Shamar Rinpoché a pris en charge toutes les dépenses.
À l’époque, il était assez difficile d’être admis au shedra (1), car celui-ci disposait de peu de moyens financiers et manquait de logements. Il existait donc une sorte de système de tirage au sort pour y entrer, car il n’y avait pas assez de places pour tous les étudiants candidats.
J’étais en fait le plus jeune à y étudier et j’ai été sélectionné par Dzongsar Jamyang Khyentsé Rinpoché, ce qui m’a évité de passer par là. Il n’y avait pas de spécialisations. Chaque année, nous étudiions deux matières différentes : par exemple, en première année, le Bodhicharyavatara et le Sutralankara, en deuxième année, le Madhyamaka à partir du texte de base et des commentaires, en troisième année, l’épistémologie (tsema), en quatrième année, l’Abhidharma, en cinquième année, la Prajnaparamita, en sixième année, le Vinaya, et ainsi de suite. Chaque année, il y avait donc une matière différente.
Et ensuite, vous êtes allé à l’université de Berkeley, en Californie. Cela a dû représenter un sacré contraste avec votre éducation traditionnelle !
Tout d’abord, après avoir terminé le shedra, j’ai dit à Shamar Rinpoché que je souhaitais rester en retraite ; je suis donc resté chez lui à Kalimpong pour une retraite de trois mois, principalement consacrée à Amitayus. Après cela, Rinpoché m’a demandé d’enseigner au shedra de Kalimpong, puis j’ai un peu voyagé en Asie.
C’est alors que Sakya Trichen et Luding Khen Rinpoché m’ont demandé de m’occuper d’un monastère à Gangtok, au Sikkim. Puis, grâce à la fondation Khyentsé, j’ai pu bénéficier d’un échange étudiant à l’université de Berkeley pendant un semestre, dans le cadre du programme d’études asiatiques. Deux conférences y ont été organisées, et, en dehors de cela, j’ai pu suivre tous les cours qui m’intéressaient : physique, neurosciences, cours de langues.
J’ai participé à un colloque de traduction sur le tantra Guyasamaja et j’ai également aidé quelques doctorants en philosophie bouddhique à rédiger leur thèse.
Il est intéressant de constater que vous commencez souvent vos enseignements sur des sujets très profonds, comme la nature de bouddha, en montrant leur pertinence dans notre vie quotidienne. Est-ce votre expérience auprès d’étudiants occidentaux qui vous a amené à aborder les sujets de cette manière ?
On peut le dire comme ça. Je garde toujours à l’esprit que j’enseigne pour ceux qui m’écoutent. J’essaie donc toujours de chercher comment l’enseignement peut trouver un lien avec eux et les aider dans leur vie quotidienne. C’est ma principale préoccupation. Le fait d’interagir avec différentes cultures m’a aidé dans cette démarche.
Cela fait maintenant longtemps que vous venez en Occident. Constatez-vous une évolution des besoins ou des lacunes dans notre façon d’apprendre, étant donné que le Dharma est encore très jeune ici ?
Je pense que cela dépend aussi de ceux qui étudient. Si l’auditoire cherche vraiment à étudier le Dharma de manière plus approfondie, je pense qu’il est très utile de comprendre les mots. Car chaque mot peut avoir des significations très différentes.
C’est pourquoi j’ai essayé d’aller plus lentement avec le Namshé Yeshé l’année dernière, et maintenant avec le Traité intitulé Révéler l’essence de Tathagata que nous venons de commencer cette année. Avant cela, je n’allais pas mot à mot. Encore une fois, cela dépend de l’auditoire, mais la plupart du temps, beaucoup de gens viennent pour se faire une idée générale, sur l’Abhidharma par exemple, alors nous abordons le sens principal plutôt que de nous attarder mot à mot sur les aspects les plus profonds. Sinon, ils risqueraient de s’ennuyer !
De plus, que ce soit en Occident ou en Orient, quand on étudie quelque chose, la plupart du temps on croit le savoir. Mais en réalité, on ne le sait pas vraiment ! C’est également le cas dans notre shedra. Par exemple, il existe différentes façons d’expliquer les cinq agrégats selon les écoles et les textes. Il y a donc tant de choses à apprendre !
Vous êtes responsable d’un monastère fondé par votre prédécesseur à Yushu, au Tibet. Pourriez-vous nous parler de votre activité là-bas ?
Je me suis rendu au Tibet vers 1995 avec mon père.
À l’époque, les conditions de vie étaient très précaires. J’y suis resté près de six mois à faire une retraite et à donner principalement des initiations dans différentes régions, car j’étais très jeune.
Le temple principal, qui avait été construit par mon prédécesseur, le troisième Dhongtsang Shabrung Rinpoché, frère aîné du XVIe Karmapa, avait été détruit à la fin des années 1950. Il n’en restait que quelques vestiges.
Nous avions l’intention de reconstruire ce temple. Mon père a parcouru différentes régions où j’avais de la famille afin d’obtenir l’autorisation de prélever du bois dans la forêt pour reconstruire le monastère. Nous avons chargé l’un de mes moines de superviser les travaux, car je n’avais pas l’autorisation de rester plus de six mois et je devais retourner en Inde pour poursuivre mes études. Le temple a donc été reconstruit. Nous avions ensuite l’intention de construire un shedra plus grand, car à l’époque, nous ne disposions que de quelques pièces au-dessus d’un autre petit temple situé à proximité.
Pendant de nombreuses années, cela n’est resté qu’un projet. Après le tremblement de terre de Yushu en 2010, quelques fidèles du monastère ont fait des offrandes pour reconstruire le temple principal qui avait été endommagé, ainsi que le plus petit qui abritait le shedra.
Je pense que le gouvernement chinois a également apporté son soutien sous forme d’indemnisation. Grâce à ces fonds provenant de différentes sources, nous avons donc pu construire le shedra. Il compte entre deux-cents et trois-cents moines et fonctionne bien. Il y a également un grand drupkang, un centre de retraite pouvant accueillir environ trois-cents à quatre-cents personnes – ce sont à la fois des pratiquants laïcs, des nonnes et des moines.
Personnellement, je n’ai pas pu y retourner depuis 2010 en raison de difficultés pour obtenir un visa.
[1] Institut d’enseignement supérieur bouddhique proposant un cursus d’études philosophiques bouddiques.


