C’est vers 18 h 30, après une journée de rituels, un buffet cordial, la réception de leurs textes sacrés et une procession autour de leur futur lieu de pratique que quinze hommes et cinq femmes franchissent le seuil du centre de retraite (drupkang) de Dhagpo Kundreul Ling, qu’ils ne quitteront plus durant la période traditionnelle de trois ans, trois mois et trois jours.
Sa Sainteté le XVIᵉ Karmapa avait formulé le souhait qu’à Dhagpo Kagyu Ling doive se faire « un temple, un monastère et un centre de retraite pour accueillir ceux et celles qui désirent pratiquer dans les règles les moyens profonds que sont les six yogas de Naropa ainsi que ceux et celles qui veulent suivre le profond chemin du Grand Sceau (Mahamoudra). » (Bulletin information Dhagpo Kagyu Ling, 1980).
Dès 1980, une lettre de Dhagpo Kagyu Ling aux sympathisants soulignait la nécessité d’établir un lieu de retraite. Guendune Rinpoché, qui lui-même avait passé une trentaine d’années en retraite, y insistait sur
l’importance des retraites de longue durée, qui permettent les états d’absorption méditative sans lesquels la réalisation n’est pas possible. »
Dans cette période pionnière de l’arrivée du Dharma du Bouddha en Occident, la mise en place des retraites traditionnelles de trois ans a permis de semer les graines de la pratique intensive des méthodes qui libèrent. Guendune Rinpoché mettait aussi l’accent sur
la motivation de ceux qui participeront à l’édification des centres de retraite : ils doivent le faire pour le bénéfice de tous les êtres, sinon la construction ne pourra pas être menée à bonne fin. »
Des pratiquants installés à Dhagpo ont fait part à Guendune Rinpoché de leur aspiration à accomplir une telle retraite et à aider à la construction d’un centre dédié. Ayant été marqué par la sortie de retraite à Plaige, au centre de Kalou Rinpoché, François Theaux, alors âgé de 27 ans, fut le premier à en faire la requête, même si, avec humour, il admet avoir eu quelques doutes avant le jour J.
Même si le lieu de retraite n’existait pas encore, la préparation spirituelle, elle, commençait aussitôt. En septembre 1981, Shamar Rinpoché donne les initiations de Dorjé Pamo, Korlo Demchok et Mahakala pour les postulants à la retraite ainsi que plusieurs enseignements ouverts à tous. Il transmettra notamment Mahamoudra, pointer le dharmakaya (chakchen chöku dzuptsup ཕྱག་ཆེན་ཆོས་སྐུ་མཛུབ་ཚུགས།) du IXᵉ Karmapa Wangchuk Dorjé, l’un des trois textes essentiels sur le mahamoudra. Il expliquera aussi les textes fondamentaux du IIIᵉ Karmapa Rangjung Dorjé, qui sont des prérequis pour approcher la vue sous-jacente à la pratique des tantras bouddhiques à savoir : Le Traité intitulé Révéler l’essence de tathagatha (Dezhin shekpa nyingpo tenpa zhejawa tenchö དེ་བཞིན་གཤེགས་པའི་སྙིང་པོ་བསྟན་པ་ཞེས་བྱ་བའི་བསྟན་བཅོས།) et le Traité qui distingue la connaissance orientée vers les objets de la connaissance primordiale (Namshé Yeshé Jépé tenchö རྣམ་ཤེས་ཡེ་ཤེས་འབྱེད་པའི་བསྟན་བཅོས།).
Tenga Rinpoché leur donne l’explication de la pratique de Mahakala et de celle de Dorjé Pamo en octobre de la même année. De plus, comme se souvient Lama Namgyal : « on apprenait le tibétain car il fallait savoir très bien le lire et à jouer les instruments de musique pour les rituels. Lama Guendune donnait sans arrêt des enseignements et beaucoup d’initiations. »
Mais encore fallait-il un lieu. Des difficultés administratives freinent l’obtention d’un permis de construire sur la Côte de Jor. Des recherches dans un périmètre jusqu’à Sarlat échouent. Puis une occasion se présente ailleurs, en Auvergne, où Arnaud Desjardins, l’auteur et cinéaste qui fit connaître au grand public la sagesse des maîtres tibétains, offre des conditions très favorables pour l’acquisition de bâtiments au Bost, où il a un centre d’enseignement et de méditation. L’empreinte spirituelle y est forte et il souhaite que ce soit un lieu authentique pour le Dharma. Le XVIᵉ Karmapa y avait été reçu en 1977 et y avait accompli la cérémonie de la coiffe noire ; Dilgo Khyentsé Rinpoché et Dudjom Rinpoché y avaient également séjourné.
Une première maison est acquise fin 1983 et les futurs retraitant se mettent rapidement à l’œuvre pour préparer le bâtiment : aménagement de chambres individuelles, de temples, de murs d’enceinte et de séparation entre le lieu de retraite pour hommes et celui pour femmes. Les événements se succédent rapidement. Fin février 1984, Kundreul Ling invite les autorités locales à visiter les lieux et Guendune Rinpoché donne un court enseignement. Dans la revue Tendrel n° 6 (juillet 1984), on peut lire : « Le 7 mars, jour du nouvel an tibétain (Losar), une journée portes ouvertes a été organisée et, malgré un temps frisquet, a permis de rencontrer des retraitants et de leur présenter l’école Karma Kagyu. Le 12 mars, Guendune Rinpoché donne les disciplines monastiques aux retraitants. Pendant ce temps, une nouvelle équipe de résidents s’installe à Dhagpo Kagyu Ling pour s’occuper du site après le départ des retraitants. »
Le jour même, lama Teunzang, lama Pema Dorjé et lama Purtsela sont présents pour l’entrée en retraite. Lama Namgyal se souvient : « on se connaissait beaucoup car on avait vécu ensemble à Dhagpo, au minimum quatre ans. On était un groupe très uni et on avait une telle dévotion envers lama Guendune. » La première année, la retraite porte sur les préliminaires, lojong, shiné et lhaktong ; la deuxième année sur la pratique de Dorjé Pamo et la troisième sur les six yogas de Naropa. Lama Guendune précisait : « Je vais chaque mois au centre de retraite prendre des nouvelles et mesurer le progrès de la pratique. Chacun relate ses expériences et, en fonction de cela, graduellement, les enseignements sont donnés. » (Tendrel n°7, janvier 1985) Par ailleurs, les retraitants reçoivent la visite de Pawo Rinpoché et de Kalou Rinpoché en 1984, et, au cours de leur retraite, de Shamar Rinpoché à deux reprises, ainsi que de Situ Rinpoché et lama Teunzang.
En repensant à cette période et à l’évolution qui a eu lieu depuis, François Theaux, membre de cette première retraite, se souvient : « On n’avait pas la notion de l’amplitude de ce qui se passait et qu’elle allait prendre. Guendune Rinpoché et lama Jigméla avaient la vision de ce qui allait arriver, un souhait ça résonne, ça prend de l’amplitude. »
Depuis cette date, onze cycles de retraites de trois ans se sont déroulées à Dhagpo Kundreul Ling, marquant un pas décisif pour l’implantation du Dharma en Occident. Au fil de l’établissement du Dharma en Occident et de la succession des générations de retraitants, il est apparu qu’une base solide en matière de connaissance de l’enseignement du Bouddha constitue un socle requis pour ce type de pratique intensive. Aussi le programme des retraites de trois ans a-t-il évolué sous la direction de Thayé Dorjé, Sa Sainteté le XVIIᵉ Gyalwa Karmapa.
Ces photos proviennent de nos archives ou ont été recueillies dans le cadre des recherches pour les 50 ans de Dhagpo Kagyu Ling. Nous n’avons pas pu identifier tous les auteurs. L’utilisation des photos est à titre informatif dans le cadre de la célébration des 50 ans de Dhagpo Kagyu Ling. Leur usage est limité à cette actualité et à notre site et n’est pas à usage commercial
Interview de lama Namgyal au sujet de la première retraite de trois ans
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